Célia Blauel : « Les villes possèdent un temps d’avance en matière de transition énergétique »

Célia Blauel décrit les politiques de Paris pour atteindre une neutralité carbone en 2050. L’adjointe à la maire de Paris chargée de l’environnement évoque la volonté de la ville de reprendre la main sur ses concessions en matière d’énergie et sur le combat des élus locaux pour une plus grande décentralisation énergétique.

Paris souhaite-t-il aller plus loin que les objectifs fixés par les accords internationaux en matière de transition écologique ?

Nous souhaitons surtout traduire, par un plan d’actions concrètes, les objectifs internationaux. Il s’agit de contenir le réchauffement de la planète en dessous de +2°C, voire +1,5 °C, pour éviter tous les corollaires du dérèglement climatique. Il faut, pour cela, atteindre, à l’échelle internationale, la neutralité carbone en 2050. L’accord de Paris, conclu lors de la COP 21, constitue une grande avancée dans la mesure où l’ensemble des États affirment cet objectif. Par contre, il ne fixe pas de plan d’action. Avec son Plan climat air énergie, la ville de Paris s’est réellement engagée, en visant la neutralité carbone et le 100% énergie renouvelable en 2050.

Quelle est votre définition de la neutralité carbone ?

Paris a décidé de prendre la définition la plus large de la neutralité carbone : cela revient à inclure tout ce qui est consommé à Paris, mais produit dans d’autres territoires, de même que le CO2 engendré par les émissions aériennes du départ en vacances des Parisiens. C’est comme cela qu’il nous semble être le plus en cohérence avec les objectifs de la COP 21. En découle le plan d’actions, qui comprend 500 mesures.

“On n’arrivera pas à la neutralité carbone si l’on ne parvient pas à réduire de 50% nos consommations d’énergie”: Célia Blauel. ©JGP

Mais les villes ne peuvent pas agir seules dans ces domaines ?

Il faut, en effet, que l’on travaille également sur les 80% d’émissions de gaz à effet de serre liées à l’activité de chacun, sur laquelle la ville n’a pas de prise directe. Il s’agit de mobiliser à la fois les habitants, les commerçants, les associations et les entreprises. Nous sommes également dans une logique de mobilisation territoriale, en menant ce projet à la fois à la maille très fine du quartier, tout en travaillant avec la métropole et les territoires ruraux. Notre action passe aussi par le plaidoyer. Les collectivités considèrent toutes qu’elles ne vont pas résoudre la question du dérèglement climatique sans un alignement des planètes à l’échelle nationale et des instances européennes et internationales.

Atteindre ces objectifs de neutralité carbone, c’est aussi réduire largement notre consommation d’énergie ?

On n’arrivera pas à la neutralité carbone si l’on ne parvient pas à réduire de 50% nos consommations d’énergie. Chacun doit regarder sa façon d’habiter, de se déplacer et de manger aussi. Nous savons, par exemple, que le fait de réduire de 50% sa consommation de viande a un effet extrêmement fort sur le bilan carbone de Paris. Il faut changer de système.

Vous souhaitez généraliser dans Paris la limitation de la vitesse de circulation à 30 km/h ?

Il s’agit en effet d’un des piliers classiques de la lutte contre le dérèglement climatique. Nous imaginons également Paris sans diesel en 2024 et sans pétrole en 2030, avec des mobilités plus collectives, plus partagées, plus actives. En ce qui concerne le fret, nous allons sortir du tout-camion pour aller vers plus de ferroviaire et de fluvial.

Vous plaidez aussi pour une décentralisation accrue de l’énergie ?

On imagine que Paris produira sur son territoire 20% de l’énergie qu’elle consommera, en exploitant tous les potentiels locaux : géothermie, solaire (avec 20% des toits parisiens équipés), valorisation des déchets et récupération de chaleur. Pour atteindre 100% d’énergies renouvelables, nous allons investir en collaboration avec d’autres territoires. Mais il faut pour cela passer d’un système extrêmement centralisé de production d’énergie à un système où les collectivités disposent de la possibilité d’avoir des unités, des véhicules qui leur permettent une production d’énergie plus importante. À Paris, par exemple, malgré notre volontarisme, il y a encore trop de freins pour installer des panneaux photovoltaïques sur les toits.

La décentralisation que nous demandons vise à permettre aux territoires de reprendre leur destin énergétique en main, de pouvoir valoriser les ressources locales, offrir de nouveaux services adaptés aux besoins de chacun et opérer la transition des réseaux vers un système décentralisé, coopératif et intelligent.

Vous souhaitez également reprendre la main sur vos concessions avec les opérateurs de réseaux ?

Légalement, les infrastructures appartiennent aux communes, qui ont été à l’origine du développement des réseaux. Pourtant, tout ce qui relève des grandes décisions techniques ou d’investissement est pris par les concessionnaires sans que l’on dispose de la visibilité requise. Plusieurs sujets de discussions sont en cours avec nos concessionnaires d’énergie : les finances, que l’on veut lisible à la maille des concessions, car la nécessaire péréquation ne peut plus être le prétexte contre la transparence. Il y a aussi les questions de gouvernance : nous voulons participer à un réel pilotage et pas seulement valider un compte rendu d’activité annuel.

Enfin, il y a débat sur la nécessité d’une vision plus partagée de la transition énergétique, sur laquelle les villes possèdent un temps d’avance. Ces réseaux nous appartiennent. Ils doivent être des outils de la transition énergétique, or nous n’arrivons pas à sortir du business as usual, d’une vision très cloisonnée de la gestion des réseaux. Toutes ces questions doivent être abordées lors de la renégociation de nos concessions, en cours avec GRDF, la concession arrivant à échéance à la fin de l’année, et à venir avec Enedis, avec lequel notre concession arrive à terme en 2024. Les anciens modèles de contrat ne sont plus adaptés aux ambitions des territoires.

Vous demandez une loi d’orientation de décentralisation de l’énergie ?

Pour réussir la transition énergétique, il faut l’organiser en mettant les moyens et les compétences là où sont les dynamiques d’action. Nos priorités sont d’obtenir une part de la contribution climat-énergie affectée au financement des territoires. Aujourd’hui, elle est affectée au crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE). Je demande qu’un milliard sur les huit que représente cette taxe revienne aux collectivités. La transition énergétique demande des financements pérennes. Nous demandons également un cadre pour la coopération urbain-rural, afin de développer les énergies renouvelables avec des procédures simplifiées. À Rennes, lors de la conférence annuelle d’Energy Cities, les élus ont également réaffirmé l’utilité des plans climat, à l’heure où des rumeurs de remise en cause de ces feuilles de route par le gouvernement circulent.

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